Une Europe fédérale est-elle possible?

Publié le par letoutpolitique

Dimanche 18 septembre - A l'université de rentrée du Modem, pour le grand retour de François Bayrou (ou pas... puisqu'il a été complètement effacé de l'actualité par une autre plus intéressante parce que plus scandaleuse : DSK), on a parlé... Europe!

       Le grand thème cher au parti du centre est de retour. Autour de plusieurs personnalités européennes, tout particulièrement, M. Verhofstadt, ancien premier ministre belge et eurodéputé, qui ferait, selon Marielle de Sarnez "un bon président de l'Europe", le Modem a exprimé sa volonté pour l'Europe qui se résume un trois mots : un Etat fédéral.

"Il faut un Président de l'Europe élu par les citoyens européens" déclarait-on.

Ce désir d'Etat européen est légitime pour donner à l'Europe une unité, une voix commune dans les grands débats mondiaux. A l'ONU, actuellement, les Palestiniens réclament une vue commune européenne pour les soutenir dans leur adhésion. Une voie commune européenne est demandée dans les débats internationaux qu'ils concernent la crise économique ou les affaires internationales.

Cette exigence d'Etat fédéral européen répond à une exigence de démocratie. Le président de l'Europe doit être élu par le peuple européen afin d'être véritablement représentatif de peuples unis. Tant que le président de l'Europe ne sera pas élue par les citoyens, l'Europe ne sera pas démocratique. En effet, qui peut actuellement cité le nom du président de l'Europe?

 

         Oui, l'Europe a certainement besoin d’une union politique pour être plus forte et éviter ces temps morts qui l’affaiblissent sans cesse. Oui, l’Europe a certainement besoin d’institutions claires et définies, connues de tous les citoyens européens. Oui, l’Europe doit certainement être au-dessus des nations qui la constituent pour que réellement unis et d’une seule et même voix, nous puissions parler à la face du monde.

 

 

 

Et pourtant, que signifie construire cette Europe unie politiquement ? Cela impose à chaque pays d’abandonner une partie de sa souveraineté au profit de l’Europe entière. Le demander est simple, mais comment penser une seule seconde que ces pays membres l’accepteront ? Eux qui ont combattu si longtemps pour devenir des Etats-nations souverains, capables de régir la vie de leur peuple, vont-ils abandonner cette souveraineté conquise au prix de nombreuses années et de nombreuses vies ? Combien de temps la Pologne a-t-elle lutté pour obtenir le droit de se régir par elle-même ? Et on imagine qu’elle va abandonner ne serait-ce qu’une petite part de cette souveraineté ?

 

C’est pourquoi, si l’on veut construire une Europe fédérale, il ne faut pas que les pays aient l’impression de perdre cette souveraineté, mais au contraire d’en gagner. Il faut donc qu'un élément supérieur anime la volonté des peuples pour construire cette Europe fédérale souveraine forte. Cet élément supérieur, c’est ce qu’on appelle le sentiment national. Sans sentiment national, il n’y a pas d’Etat-nation. Or, aujourd’hui, y a-t-il un sentiment national ou "supranational" européen? C'est loin d'être sûr. Qui se dit européen avant de se dire français, anglais, belge, allemand, polonais, tchèque...? Or, ce sentiment d'appartenance à un même territoire est indispensable si l'on veut construire un Etat fédéral uni. Nous sommes donc ici en face d’un nouveau problème : comment faire naître ce sentiment de vivre ensemble européen. Si l’on regarde l’Histoire, tous les pays d’Europe se sont constitués dans la douleur. C’est au rythme des guerres qu’un sentiment national a pu naître. Au rythme de la lutte, les peuples savaient qu’ils étaient ensemble, des mêmes racines, frères de sol, car ils étaient « contre » : contre "la perfide Albion", contre la France de Louis XIV, contre la France de Napoléon I, contre la Prusse de Bismarck, contre l’Allemagne d'Hitler… Un peuple se construit en luttant contre un autre peuple. Le sentiment national naît de cette lutte. Cette lutte pour des territoires crée des Etats-nations.

 

 

Or, l’Europe en tant que telle contre qui peut-elle lutter assez fortement pour que tous se sentent concernés par la cause qu’elle défend ? Nous ne sommes plus aujourd’hui dans un monde où la guerre est autorisée. Nous avons le devoir de la paix et nous devons respecter ce devoir. Et même si un jour guerre il y a, avec quelle armée ? Depuis l’échec de la communauté européenne de défense en 1954, toute tentative de politique de défense communautaire a avorté. L’Europe n’a pas d’armée et l’Europe veut être une nation.

Exit de la guerre, que reste-t-il pour constituer ce sentiment national indispensable à la conduite d’un grand Etat fédéral uni ? Si on ne trouve pas de solution en son sein, il ne reste plus qu’à regarder ce qu’il se passe ailleurs. Et bien sûr, nous tournons nos yeux vers l’Ouest, vers le plus grand Etat fédéral du monde, les Etats-Unis. Qu'est-ce qui unit chaque Américain d'Etats différents avec des lois différentes ? Rappelons tout d'abord, que la création des Etats-Unis a là aussi été mise à l'épreuve : la guerre de Sécession en est le meilleur exemple. On peut également penser au racisme qui était particulièrement vigoureux avant que ces Etats ne deviennent véritablement "unis" non seulement de constitution mais surtout de coeur. Ce qui a fait peu à peu les Etats-Unis, et la présidence de Barack Obama, le montre bien, c'est l'acceptation de l'autre pour que tous se reconnaissent du même peuple. Dépassons nos différences et nous obtiendrons un Etat uni.

 

Malheureusement, c'est désormais le temps qui manque à l'Europe. Car les Etats-Unis avant de dépasser leur différence sont passés par les guerres et le racisme, par l'extermination et le rejet. C'est en deux siècles qu'ils ont réussi à dépasser leurs différences pour s'unir. Mais l'Europe n'a pas deux siècles devant elle. Le temps lui manque et elle doit réagir au plus vite. DAns le monde qui est le nôtre où la crise sévit, où nous régnons dans l'instatanéité, l'Europe apparaît lente et compliquée, trop abstraite à de nombreux citoyens, trop en construction quand on aurait besoin qu'elle soit achevée.

 

A quand l'Europe fédérale? Seuls les voyants pourront le dire, car quand "le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" est un trop bel idéal pour que les Etats le délaissent pour s'en remettre à une formation encore trop abstraite, car quand on veut unir des pays anthropologiquement, politiquement, économiquement, linguistiquement, culturellement, et j'en passe, différents, on n'arrive qu'à un échec, car quand la crise mène aux boucs-émissaires et aux extrêmes, le dépassement de la différence n'est pas pour demain...

Publié dans Centre

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